Les années 1960

Bien des événements se sont passés dans les années 1960. Certains dramatiques, d’autres décisifs, comme celui-ci. Je ne saurais dire l’année précise, papa était chauffeur à la Coop, il livrait les magasins depuis plusieurs années déjà, quand son employeur lui annonça que les entrepôts seraient transférés dans une autre région. Il avait le choix entre quitter le village et aller s’installer à la ville ou quitter l’entreprise! Cette situation mit mes parents dans l’embarras. La vie à la ville? Non, ils n’y tenaient pas, les grandes étaient adolescentes ou pré-adolescentes, la vie à la ville leur paraissait plus difficile avec la famille. Ils décidèrent donc que papa quitterait l’entreprise. La question suivante étant: “pour aller où?” Monsieur Studer proposa à papa de reprendre une laiterie dans sa région…. c’était intéressant, certes…. mais l’organisation de l’école avec les filles grandissantes n’était pas facile! Elles devraient manger à la cantine…. mes parents n’avaient pas les moyens…. et puis qui veillerait sur elles durant toutes ces heures en dehors de la maison? Ils ont pesé le pour…. le contre…. et finalement ont renoncé. Ils décidèrent qu’ils resteraient au village, ils y avaient maintenant des connaissances sur qui ils pouvaient compter en cas de besoin…. leur vie était simple et elle le resterait! La vie de famille et la santé de maman était plus important qu’un changement qui bouleverserait toute l’organisation familiale. Papa oublia l’offre de Monsieur Studer, et se mit à la recherche d’un nouvel emploi. Il trouva dans l’entreprise de chemins de fer de la région. Son premier job dans cette entreprise, consistait à travailler aux ateliers. Il ne gagnait pas vraiment beaucoup d’argent, mais au moins il avait un nouveau travail! Il conduisait, en extra, le dimanche, le bus d’une autre compagnie, ce qui lui permettait d’arrondir les fins de mois! Il garda cet extra jusqu’à ce qu’il lui fut proposé, par son nouvel employeur, de conduire les cars pour des excusions d’abord, puis de reprendre une ligne fixe. Ce qu’il accepta. Il garda ce travail jusqu’à la retraite!
Jamais mes parents n’ont regretté leur choix. Ils étaient persuadés qu’ils avaient suivi le chemin juste pour chacun. Cette confiance qu’ils avaient l’un en l’autre et en la Vie était vraiment une force majestueuse! Papa disait souvent : “quelque soit ce que tu choisis de vivre, il faut t’y consacrer de tout ton coeur. Ne te demandes pas ce qu’il serait arrivé si tu avais choisi autre chose! Va dans le sens du courant… respecte tes engagements, et n’oublie pas que tout travail mérite d’être bien fait!”

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