Les derniers instants

C’est en 2005 que notre maman vécut ses derniers instants de vie. Une expérience pour nous inoubliable! Nous venions de rentrer d’un voyage de 10 jours de marche méditative dans le désert marocain quand arriva l’échéance. C’était le 19 février, jour de mon anniversaire, quand nous sommes montés nous installer pour la veiller. Ce jour-là notre maman nous surpris tous. Lorsque nous fûmes tous réunis dans sa chambre, elle nous dit: “Mes enfants, j’aimerais que nous instaurions une tradition pour célébrer le dernier voyage, ne le prenez pas mal, mais j’aimerais que nous trinquions et fêtions ces instants ensemble. Buvons une coupe de Clairette de Die. Ne soyez pas tristes, réjouissez-vous pour moi! Venez, que je vous donne ma bénédiction! Vous prendrez soin du papa après mon départ et poursuivrez votre vie. Ne vous arrêtez sous aucun prétexte!” Quelle lucidité notre maman ! Quelle force de Vie et d’Amour l’animait alors? Nous n’avions pas pour habitude de trinquer à la maison, mais ces mots étaient empreints d’une Sagesse toute particulière ! Nous ne pouvions résister à son invitation et nous reçûmes sa bénédiction en toute simplicité, en toute humilité ! Grande était notre émotion à nous tous ! Grande était notre joie de pouvoir célébrer le départ de notre chère maman avec autant de Grâce et d’Amour ! Ce jour-là nous avons discuté de tous les détails de son départ sans exception ! Quel soulagement, quelle légèreté nous vivions ! C’était à peine inimaginable ! Et pourtant tellement juste et Vrai, Sincère et Authentique… si fort en Foi ! tout comme elle avait passé sa vie, elle se préparait à nous quitter. Tranquille, confiante, réfugiée en Dieu en toute simplicité, en toute humilité ! Elle nous enseignait la Puissance de la Confiance en toute circonstance ! La Force de la prière pratiquée toute une vie durant ! Quelle Grâce, quelle délicatesse, quelle douceur pour ses enfants et son mari ! Quelle bienveillance et quelle reconnaissance face à la Vie !
Le lendemain, c’est avec ses petits-enfants qu’elle trinqua, tous ceux qui avaient pu venir étaient là… tous émus, trinquèrent avec elle et purent lui dire leur amour et leur gratitude. Ceux qui n’avaient pu venir lui téléphonèrent et tous reçurent sa bénédiction, tout comme nous ! Que d’émotions et de Joie pure ! Tous, ont pris congé d’elle, simplement !
Joël et moi l’avons veillée durant cinq jours, relayés par mes soeurs. Nous avons passé le temps le plus fort de toute notre vie ensemble, en famille unie, telle que nos parents nous avaient éduqués ! Notre papa, durant ces jours-là était épuisé, il a pratiquement dormi trois jours et trois nuits, sans relâche, à tel point que nous croyions qu’il allait mourir avec elle ! Puis l’échéance arriva, le jeudi matin peu avant dix heures. Les derniers instants de vie sonnaient à la porte. Nous y étions tous préparés…Elle avait passé toute la nuit à prier. Elle a passé en revue toute sa vie et dit OUI, comme si elle avait accompli tout ce qu’elle devait au mieux de ce qu’elle pouvait. Elle nous donna l’impression cette nuit-là de s’être acquittée de tout ! Quelques minutes avant son dernier souffle, elle se blottit dans les bras de notre papa, non sans l’avoir réveillé, et s’éteignit simplement. Elle lui témoignait le plus fort de son Amour ainsi ! Ce fut pour notre papa un bonheur sans nom que d’accompagner sa douce bien-aimée dans son dernier voyage en la tenant dans ses bras rassurants ! Il nous dit souvent par la suite, la chance qu’il avait eue durant toute sa vie avec elle et combien ces derniers instants avaient été importants et riches !
Y a-t-il des mots pour dire notre gratitude au départ si aimant d’une maman ? NON il n’y a que la Force de l’Amour de Dieu pour nous en faire saisir le sens profond !

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Don de soi et confiance

Don de soi et confiance ont été deux règles d’or de nos parents. Je pourrais dire aujourd’hui que d’une certaine façon par leur attitude, leur engagement, ils ont marché, là où ils se trouvaient, ouvriers, avec petits moyens financiers, sur les pas de Gandhi.  Ils ont utilisé ces lois universelles si simples disponibles à chacun s’il veut bien se donner la peine de les utiliser, à savoir : don de soi et confiance absolue, en toutes circonstances, pour le service de l’Amour divin, le bénéfice du Tout et de tous.
Gandhi, à une large échelle s’est investi pour les plus pauvres, lui, issu d’une famille aisée, d’une caste noble, a tout laissé un beau jour, alors qu’un avenir brillant et prometteur s’ouvrait à lui. Il s’est investi corps et âme dans son élan d’Amour universel, pour mettre en lumière la force spirituelle, résidant en chacun, bien plus puissante que tous les comptes en banques les plus fournis!
Qu’ont fait nos parents? Ils se sont investis corps et âme, dans leur élan d’Amour de Dieu, pour utiliser Ses ressources insoupçonnées au service de leur famille et de qui en avait besoin, sans compter ni leur temps, ni ce que cela leur apporterait en terme d’argent. Ils s’en sont remis à la Force divine, demandant chaque jour, que leur soit attribué leur pain quotidien et tout ce qui leur était nécessaire pour faire face à leurs obligations. Si grande était leur foi et leur abandon en Ses Forces, qu’ils ont fait l’expérience tout au long de leur longue vie, que cela fonctionne bel et bien comme ça! Ouvriers qu’ils étaient, ils détenaient ainsi, un pouvoir bien supérieur à la valeur financière d’un compte en banque! Ils étaient libres de leurs mouvements, de leurs décisions, de la manière dont ils investissaient leur temps et leur argent! Ils étaient auto-suffisants grâce à la production de leur jardin, ils donnaient sans compter leur temps pour rendre service aux autres, et jamais nous n’avons entendu notre papa rentré d’avoir labouré un jardin, dire qu’il n’avait pas été assez rémunéré. Il ne demandait rien, et pourtant, il revenait toujours avec un “salaire” : des oeufs, un lapin, du miel, quelque fois avec de l’argent, ou une bouteille de vin… toujours il était content de ce qu’il recevait.
Ce que j’aimerais partagé au travers de ce blog, en hommage à nos parents, c’est que, qui que nous soyons, où que nous vivions, nous détenons tous, en nous, une force magistrale, plus puissante que tout, et que si chacun l’utilisait, là où il est, pour le bénéfice du Tout, et non pas en recherchant d’abord son enrichissement personnel, et bien la Lumière l’emporterait sur la peur collective qui règne aujourd’hui par l’intermédiaire des médias ou des réseaux sociaux.
Nos parents, tout comme Gandhi ou Mère Thérésa, ont utilisé cette Force, cet abandon total en Dieu, sachant qu’Il oeuvre pour le meilleur du Plan prévu par LUI au service de la Vie et que nous avons tous notre responsabilité à jouer dans ce Plan Divin!
Notre papa disait :Il ne sert à rien d’aller à contre-courant, de lutter, de s’acharner à vouloir quelque chose à tout prix, il suffit de s’en remettre à la volonté Divine, et d’accepter les dons offerts tels qu’ils nous sont proposés par la Vie, sans les discuter, mais en les utilisant!” Grande Sagesse de notre papa!

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Pèlerinage

Hier était la journée du Pèlerinage à Einsiedeln, là où nos parents se rendaient chaque année depuis leur mariage pour louer et remercier Dieu des Bienfaits accordés durant l’année. Nous y sommes donc allées, les 5 filles restantes et Aurélie Aebi nous y a accompagnées. Ce fut une journée magnifique, émotionnante, riche, porteuse de bienfaits pour nous toutes. Nous retrouver ensemble, parmi tous ces Pèlerins, portées par cette Force d’Amour, fut magnifique! Se joindre à tous ces gens en prière, pour une même cause, dans un même élan est vraiment quelque chose de fort et qui ne laisse pas indifférent! C’est la première fois que nous y étions au complet!
Papa s’y rendait chaque année même après la mort de maman. Il y allait accompagné de deux, trois ou quatre de ses enfants. Il y tenait à ce Pèlerinage… il avait un sens profond pour lui, comme il en avait eu un pour maman. Nous avons souhaité nous y rendre cette année pour louer et remercier Dieu, comme nos parents l’avaient fait avant nous, pour tout ce que nous moissonnons aujourd’hui, nous, leurs enfants et petit-enfants, des graines d’Amour, de Foi véritable et stable, de confiance absolue en la Vie et de simplicité qu’ils ont semées durant leur vie, pour nous. Et la moisson est belle et généreuse!
Des Grâces, ils en ont reçues tout au long de leur vie et ils ont su les voir, les utiliser et en être reconnaissants. Comment pourrions-nous ne pas honorer aussi simplement que ce qu’ils nous ont transmis, ces richesses, ces bienfaits et eux, nos parents, pour avoir été si bienveillants envers nous tous ?
Il se pourrait que le Pèlerinage, si cher à nos parents, devienne, pour nous aussi, une tradition et une occasion de “restaurer” les grains que nous semons pour nos enfants et petits-enfants, priant pour que leur récolte soit aussi fructueuse que la nôtre!
Belle journée passées en toute simplicité ensemble, réunies, unies dans un Amour Pur et palpable. Quelles Grâces reçues. Louange à Dieu!

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14 juillet 1945

Quand il avait appris que tout était arrangé pour son nouveau contrat, qu’un appartement lui avait été trouvé, il accepta l’offre. Et voilà mon père engagé à Tramelan par la Coop pour y effectuer les travaux aux champs avec un tracteur. Une tâche qu’il connaissait bien maintenant! Il aimait le travail bien fait, et surtout aimait donner satisfaction! Il travaillait sans relâche!
Il pouvait maintenant envisager d’épouser sa belle au plus vite! Quand il lui avait appris la bonne nouvelle, qu’il fallait qu’elle revienne pour qu’enfin ils unissent leurs destinées, ma mère en avait avertit ses patrons et tout alla bien vite! Ses patrons, à ma mère, étaient bien déçus de la voir partir! Il faut dire qu’ils lui avaient, plus d’une fois, demandé si vraiment elle ne voulait pas épouser leur fils. C’était un bon parti! Ils pourraient reprendre ensemble l’entreprise! Elle serait une épouse comblée et ne connaîtrait pas de soucis d’argent! Mais rien n’y faisait! Cette jeune femme aimait ce jeune homme simple et honnête qui lui proposait une vie plus modeste, certes, mais tellement plus riche à ses yeux, parce qu’il y avait tant d’amour entre eux! Elle croyait en lui, persuadée que c’était lui, l’homme de sa vie! Et elle ne s’était pas trompée! C’était bien l’homme avec qui elle partagea pratiquement soixante ans de sa vie, jusqu’à son dernier jour! Voilà, elle quitta donc la Suisse allemande pour épouser ce jeune homme qui l’avait tant impressionnée lors de leur première rencontre! Ma mère a posé ce regard émerveillé et respectueux sur mon père dans toutes les situations, les plus difficiles comme les plus réjouissantes!
Le mariage fut fixé au 14 juillet 1945! Il n’y avait plus de temps à perdre! Il fallait préparer un trousseau, acheter de la vaisselle,  des meubles. Comme mon père n’avait pas un grand salaire, il n’avait pas pu mettre beaucoup d’argent de côté, mais il était bien décidé à offrir à sa douce le meilleur de ce qu’il trouverait! Il contracta donc un emprunt pour les meubles! Ce fut le premier de sa vie….. et le dernier! Ils avaient choisi ensemble les meubles, il fallait qu’ils durent toute une vie, donc ils choisirent la qualité. Mon père se débrouillerait pour le remboursement! Tout était prêt pour ce grand jour! La célébration de leur mariage fut simple, ils partagèrent le repas de midi en famille puis en fin d’après-midi prirent le train et le bus pour rentrer chez eux! C’était leur premier jour d’une longue et heureuse histoire! N’ayant pas beaucoup d’argent, ils partirent le lendemain en “voyage de noces” à Einsiedeln! Ils avaient une foi inébranlable et trouvaient tout à fait normal d’aller remercier pour la chance qui leur était offerte, pour cette nouvelle vie qui s’ouvrait à eux, pour la future famille qu’ils souhaitaient avoir et pour qu’ils aient la santé et la force de faire face à toutes situations! Durant toutes leurs années ensemble, ils allèrent en pèlerinage pour leur anniversaire de mariage dans ce lieu saint et renouvelaient leur gratitude! Mon père, tenait à s’y rendre chaque année, même après le décès de ma mère. Il y trouvait nourriture pour son âme et aimait à se remémorer ce premier voyage! Mes parents ont fait de leur vie une louange à Dieu!

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Sa vie chez les paysans

Quand à l’âge de 8 ans, mon père est parti de chez ses parents, il ne savait pas ce qui l’attendait ni que sa vie chez les paysans durerait si longtemps! Ce jour-là en fait, a débuté sa vie dans le monde du travail! Il avait pour tâches de s’occuper du bétail, de nettoyer l’écurie, de ramasser le bois et d’aller chercher les bêtes aux pâturages même en pleine nuit par temps d’orage! Il nous avoua que bien souvent il avait eu peur dans ces nuits d’orage, mais qu’il avait un ange gardien! Une vache restait toujours derrière lui, comme pour le protéger! Cette présence le rassurait et lui donnait confiance. Il aimait “ses” bêtes. Il leur parlait, il leur confiait ses chagrins, ses peines et elles semblaient le comprendre! Pour aller à l’école, il devait marcher à travers champs presque une heure. Personne ne se disait que c’était peut-être difficile pour ses petites jambes d’enfant. Eté comme hiver il portait pour toutes chaussures…. ses sabots en bois! Par les grands froids de l’hiver, il mettait du papier journal pour les isoler un peu! Combien de fois n’a-t-il pas eu les pieds presque gelés et en sang, pincés par ses sabots craquelés par la rudesse du climat ? Il n’aimait pas aller à l’école, il s’y ennuyait! il préférait finalement travailler espérant terminer la journée après la traite des vaches! Ca n’était pas vraiment ainsi que les choses se passaient! S’il était là, alors il devait fournir plus de travail! Il lui arrivait parfois de faire l’école buissonnière, disant à son maître d’école qu’il devait travailler… S’il recevait un mot pour son hébergeur, (je ne sais pas comment l’appeler autrement), il oubliait simplement de le lui remettre! Et quand il y avait vraiment beaucoup de travail au champs, alors il disait “à la maison” qu’il avait congé! Il est devenu très vite autonome et adulte! Sa vie d’enfant s’est arrêtée à 8 ans!
Les années passèrent, il apprit à répondre aux exigences demandées avec exactitude, soin, dévouement et respect quelles que soient les demandes et les tâches à accomplir. Il était efficace, rapide et précis. Il a très vite compris qu’il valait mieux aller avec le courant que de le contrer! Il ne se rebellait jamais! Il a appris là-bas et compris, aussi jeune qu’il était, que tout allait mieux pour lui, s’il trouvait de la satisfaction et du plaisir dans l’accomplissement de ses tâches, même les plus ingrates et les plus difficiles.
Peut-être avait-il été prévu par ses parents qu’il resterait là-bas jusqu’à ses 16 ans, je ne le sais pas exactement, mais quand il atteint cet âge, son “patron” lui dit : “tu me dois deux ans de travail sans salaire, pour la nourriture que je t’ai donnée jusqu’à aujourd’hui” ! Mon père en était resté sans mots et a honoré ce contrat jusqu’au dernier jour! A  la fin du délai il a quitté ce lieu avec pour seule fortune et bagage une somme de CHF 3.60 ! Il avait réussi à faire des économies des quelques sous reçus ça et là… et avait dû les donner en guise de bouclement des comptes! Il n’avait plus rien…. mais il était content! Il avait TOUT! Une santé de fer, une détermination, un savoir-faire et une motivation hors pair. Il était confiant bien que ne sachant pas ce qu’il ferait, ni où il irait! Il a quitté les Franches-Montagnes et est parti dans la vallée, à Courtemelon. Il est entré à l’école d’agriculture et la chance lui a sourit. Un beau jour, alors qu’il était là depuis environs un an, un homme est venu voir si il n’y aurait pas quelqu’un pour travailler à sa ferme. Mon père lui a été proposé et ce fut le début d’une nouvelle étape dans sa vie.

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Mon père

Mon père était le deuxième d’une famille de neuf enfants. L’aînée et la cadette étant décédées en très bas âge. Né le 25 décembre 1920, décédé le 5 avril 2013, fils de riches paysans, sa vie d’enfant a été très brève, il a bien vite été projeté dans une vie tourmentée et devant faire face à de bien grandes responsabilités pour un enfant. Ses parents connurent des moments difficiles. A vrai dire, notre grand-maman aimait le frère de l’homme qu’elle a épousé. La vie en a décidé autrement! Pour des raisons de patrimoine, ses parents la promirent à Joseph, destiné à l’exploitation du domaine, alors que Charles, lui, se destinait à un travail de bureaucrate. Les sentiments ne pouvaient pas être pris en compte! Il fallait se soumettre aux décisions des patriarches, pour la sauvegarde des patrimoines! Ce fut ainsi et leur vie de couple s’en ressentit! Mon grand-père était un tireur de grand renom à cette époque. En plus de l’exploitation agricole, il participait à tous les concours de tirs nationaux et régionaux. Chaque rencontre, chaque victoire, se fêtait! Pour soulager peut-être aussi le fait que sa femme aurait préféré son frère! Toujours est-il qu’il buvait de plus en plus et qu’il jouait aussi de plus en plus. Au point que l’exploitation en pâtit! Il se mit à perdre de l’argent d’abord, puis des terres, la ferme et sa famille! Alors que mon père était âgé de 8 ans, il fut envoyé chez un couple de paysans sans enfants, pour les aider et ainsi assurer sa survie. Il ne savait pas, quand il a quitté sa mère, avec pour seul bagage une culotte courte, une chemise et une paire de chaussettes, le tout enroulé dans un papier journal, qu’il ne la reverrait pas avant une bonne quinzaine d’années!  Qu’il ne retrouverait son père que lorsqu’il serait père lui-même!
Ses frères et soeurs il les revit dix ans plus tard. C’est à cette occasion qu’il fit la connaissance de son plus jeune frère âgé de huit ans! Peu de temps après la naissance de ce dernier frère, la famille avait connu un destin difficile. Mon papa était déjà chez ce paysan, son frère, d’un an plus jeune que lui, avait aussi été confié à une famille de paysans, quant aux autres enfants, il furent tous placés en orphelinat!
J’essaye parfois de m’imaginer, cet enfant de huit ans, à qui sa maman dit: “Mon petit, tu vas traverser tout ce champs devant nous, marches toujours tout droit, jusqu’à ce que tu arrives de l’autre côté, là-bas, un homme viendra te chercher. Tu iras chez lui et tu y resteras un moment! Tu seras sage, tu feras tout ce qu’il te dira et tout ira bien. Vas-y maintenant mon petit”.
Quand je pense à cette scène, je ne peux m’empêcher de penser à la douleur qu’ils ont dû ressentir tous les deux! Cet enfant, ne sachant pas ce que signifie ce “tu y resteras un moment”. La maman, de voir partir son petit de huit ans, tout seul sachant, elle, qu’il ne reviendrait pas à la maison! Et par la suite, quand elle a dû être séparée de tous ses enfants! Quel drame pour chacun d’eux! Quelle souffrance gravée dans ces coeurs. Ce n’est qu’à l’âge de quatre-vingt-cinq ans, après le décès de notre maman, que notre papa nous a dit la douleur qu’il avait ressentie ce jour-là et que c’était son souvenir le plus difficile! L’expérience de vie la plus marquante et la plus douloureuse! Mais, disait-il j’avais des anges gardiens avec moi! J’ai toujours eu de la chance! Toute ma vie, j’ai eu de la chance! Première leçon de lâcher-prise à huit ans! Ce fût son entrée dans le monde “des grands”, le monde du travail, du renoncement à soi et de la soumission à un patron. Il a appris dès ce moment-là à “aller dans le sens du courant” à ne pas se rebeller, à se conformer et à servir honnêtement et sincèrement, à remplir les tâches qui lui étaient confiées avec honneur et contentement, à rechercher le plaisir du travail en tout et non pas son plaisir personnel. Petit d’homme de 8 ans! Et déjà si grand dans son âme! Si plein de Sagesse!

Livre d’accompagnement

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Mon père

Mon père était le deuxième d’une famille de neuf enfants. L’aînée et la cadette étant décédées en très bas âge. Né le 25 décembre 1920, décédé le 5 avril 2013, fils de riches paysans, sa vie d’enfant a été très brève, il a bien vite été projeté dans une vie tourmentée et devant faire face à de bien grandes responsabilités pour un enfant. Ses parents connurent des moments difficiles. A vrai dire, notre grand-maman aimait le frère de l’homme qu’elle a épousé. La vie en a décidé autrement! Pour des raisons de patrimoine, ses parents la promirent à Joseph, destiné à l’exploitation du domaine, alors que Charles, lui, se destinait à un travail de bureaucrate. Les sentiments ne pouvaient pas être pris en compte! Il fallait se soumettre aux décisions des patriarches, pour la sauvegarde des patrimoines! Ce fut ainsi et leur vie de couple s’en ressentit! Mon grand-père était un tireur de grand renom à cette époque. En plus de l’exploitation agricole, il participait à tous les concours de tirs nationaux et régionaux. Chaque rencontre, chaque victoire, se fêtait! Pour soulager peut-être aussi le fait que sa femme aurait préféré son frère! Toujours est-il qu’il buvait de plus en plus et qu’il jouait aussi de plus en plus. Au point que l’exploitation en pâtit! Il se mit à perdre de l’argent d’abord, puis des terres, la ferme et sa famille! Alors que mon père était âgé de 8 ans, il fut envoyé chez un couple de paysans sans enfants, pour les aider et ainsi assurer sa survie. Il ne savait pas, quand il a quitté sa mère, avec pour seul bagage une culotte courte, une chemise et une paire de chaussettes, le tout enroulé dans un papier journal, qu’il ne la reverrait pas avant une bonne quinzaine d’années!  Qu’il ne retrouverait son père que lorsqu’il serait père lui-même!
Ses frères et soeurs il les revit dix ans plus tard. C’est à cette occasion qu’il fit la connaissance de son plus jeune frère âgé de huit ans! Peu de temps après la naissance de ce dernier frère, la famille avait connu un destin difficile. Mon papa était déjà chez ce paysan, son frère, d’un an plus jeune que lui, avait aussi été confié à une famille de paysans, quant aux autres enfants, il furent tous placés en orphelinat!
J’essaye parfois de m’imaginer, cet enfant de huit ans, à qui sa maman dit: “Mon petit, tu vas traverser tout ce champs devant nous, marches toujours tout droit, jusqu’à ce que tu arrives de l’autre côté, là-bas, un homme viendra te chercher. Tu iras chez lui et tu y resteras un moment! Tu seras sage, tu feras tout ce qu’il te dira et tout ira bien. Vas-y maintenant mon petit”.
Quand je pense à cette scène, je ne peux m’empêcher de penser à la douleur qu’ils ont dû ressentir tous les deux! Cet enfant, ne sachant pas ce que signifie ce “tu y resteras un moment”. La maman, de voir partir son petit de huit ans, tout seul sachant, elle, qu’il ne reviendrait pas à la maison! Et par la suite, quand elle a dû être séparée de tous ses enfants! Quel drame pour chacun d’eux! Quelle souffrance gravée dans ces coeurs. Ce n’est qu’à l’âge de quatre-vingt-cinq ans, après le décès de notre maman, que notre papa nous a dit la douleur qu’il avait ressentie ce jour-là et que c’était son souvenir le plus difficile! L’expérience de vie la plus marquante et la plus douloureuse! Mais, disait-il j’avais des anges gardiens avec moi! J’ai toujours eu de la chance! Toute ma vie, j’ai eu de la chance! Première leçon de lâcher-prise à huit ans! Ce fût son entrée dans le monde “des grands”, le monde du travail, du renoncement à soi et de la soumission à un patron. Il a appris dès ce moment-là à “aller dans le sens du courant” à ne pas se rebeller, à se conformer et à servir honnêtement et sincèrement, à remplir les tâches qui lui étaient confiées avec honneur et contentement, à rechercher le plaisir du travail en tout et non pas son plaisir personnel. Petit d’homme de 8 ans! Et déjà si grand dans son âme! Si plein de Sagesse!

Livre d’accompagnement

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