Les mots tendres

Alors que nous étions enfants, je ne me souviens pas d’avoir entendu nos parents s’appeler par un nom « tendre » particulier comme nous le faisons presque tous aujourd’hui. Chéri(e), chou, mon amour ou tout autre… non, ils s’appelaient « papa » ou « maman » mais dans ces mots-là il y avait toute la tendresse et le respect qu’ils se portaient. Dans la profondeur de leurs regards il y avait plus de douceur que dans les mots tendres qu’ils auraient pu se dire !
Les mots tendres que nous disait maman paraissaient banals, mais quand elle nous disait par exemple: « Viens ma petite fille » alors que nous avions besoin d’un câlin, d’un réconfort, d’une présence, de son attention… nous savions que c’était sa façon de nous dire combien elle nous aimait, combien elle était attentive et bienveillante ! Les quelques minutes passées dans ses bras ou sur ses genoux nous remplissaient bien plus que de simples mot tendres ! Je ne crois pas avoir manqué de marques de tendresse de la part de nos parents, non, je dirais aujourd’hui que nous avons reçu, simplement, le contenu d’un cadeau magnifique, qui n’était pas emballé dans un papier ! N’est-ce pas le plus important, le contenu ? Et un cadeau n’a-t-il valeur qu’en fonction de son emballage ? Non… La valeur d’un cadeau est celle qu’on lui accorde, et ce que nous ont appris nos parents à travers cette simplicité est que la sincérité d’un geste en dit plus qu’un mot dit par habitude, ou par politesse pour ne pas blesser alors que l’intention n’y est pas forcément !

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Souvenirs gourmands

Je me souviens avec bonheur du temps de mon enfance. Du mois de mai avec les cerisiers en fleurs, du temps des cerises, de la préparation des confitures, tartes et autres clafoutis que maman nous enseignait avec amour et qui embaumaient la maison… De la cueillette des fraises au jardin, au goût si fin et parfumé. Des abricots mûrs à point, savoureux et goûteux comme on n’en trouve presque plus aujourd’hui !
Souvenirs gourmands si présents dans ma mémoire ! J’aimais particulièrement la préparation des confitures, retirer la mousse que je mangeais toute chaude en léchant la spatule… j’en ai encore le goût et mes papilles salivent en y repensant ! Je me sentais transportée dans un monde de rêves, monde de conte de fées ! Tout me paraissait magique ! L’alchimie des fruits, l’organisation dans la cuisine, l’ambiance générale, tout ! Et maman était comme une fée, affairée à tant de choses en même temps !
Souvenirs gourmands ! A mon coeur vous chuchotez : « Bienheureux le temps où tu as profité de tant de délices, tartes, douceurs et pâtisseries ! » Aujourd’hui pas de regrets de ne plus pouvoir m’en régaler ! Pas de tourments, pas de tracas, pas de révoltes. Non, aujourd’hui, je me souviens avec bonheur des odeurs, des couleurs, de l’amour et du temps passé à toutes ces préparations. Aujourd’hui, j’aime poursuivre cela avec mes petits-enfants !
Souvenirs gourmands… Que vous êtes bons et bienvenus !

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Le silence des mots

Au fil de mes méditations, de mes réflexions, de ma pratique spirituelle quotidienne, je ne peux passer sous silence les souvenirs de richesse enseignés par nos parents.
Ils ne nous ont pas nourri de mots inutiles, futiles, vides de sens, non… nos parents nous ont nourri de gestes, d’exemples de vie simple au quotidien, de cohésion, de courage, de Foi. Ils nous ont montré qu’il est possible de vivre heureux en suivant les principes spirituels enseignés par les grands maîtres, sans même en avoir connaissance (des maîtres) ! Ils vivaient en toute simplicité, au plus près de leur coeur. L’un comme l’autre, avait pour règle de ne pas juger les autres, leurs façons de faire, d’agir, de penser. Ils n’étaient pas forcément d’accord avec les principes des autres mais ils les respectaient. Ils étaient cohérents ! Le silence des mots vaut beaucoup plus que la médisance, que la critique ou le mensonge, nous disaient-ils. Pas facile à mettre en pratique tous les jours,  pour nous, les enfants ! Quelques fois, il m’arrivait de penser qu’il valait mieux dire ce que j’avais à dire plutôt que de le passer sous silence. Mais le temps et la pratique m’ont montré qu’il y a une différence entre dire ce qui est, ce qui est ressenti, et porter un jugement sur l’attitude ou les dires des autres ou déformer, par intérêt, les faits ou dires !
Le silence des mots, si nous le comprenons dans son sens spirituel profond, nous ouvre grand la porte de la paix intérieure, du bonheur, de la plénitude et de l’acceptation.
Le silence des mots qui blessent, qui excluent ou qui « tuent » toute spontanéité vaut beaucoup mieux pour chacun ! Ce silence-là évite les débordements, les déchirements, les souffrances inutiles et les remords ! Il entretient et fait grandir l’amour pour l’autre, pour soi, pour la Vie. Il permet l’ouverture et le respect.
Nos parents vivaient ainsi dans une simplicité déconcertante.

Encore une fois MERCI à vous nos parents pour tant de Beauté, de simplicité et de Force !

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Aboyer

En ces premiers jours de printemps, alors que tout appelle à l’intérieur au dépoussiérage, me revient à l’esprit, un conseil que me donnait mon père alors que j’étais adolescente et que je rencontrais quelques difficultés de communication… « Ton attitude est déterminante » me disait-il, observe comment tu es, ce qui se passe en toi… ce que tu pourrais changer… Aboyer ne sert à rien ! Aboyer signifie que tu as peur… que tu te protèges de quelque chose…. Regarde autour de toi, si un chien aboie, c’est parce qu’il a peur, qu’il est surpris ou qu’il cherche a impressionner. Si tu fais pareil, c’est comme si tu te privais d’une force importante ! Chaque fois que tu as peur et que tu « aboies » sur quelqu’un, tu deviens plus faible encore. Quelle perception l’autre peut-il avoir de toi? Il ne peut que te voir comme une personne arrogante, agressive ou hautaine ! Et toi, tu ne peux que te sentir incomprise, rejetée ou ignorée ! Qui est réellement responsable de ce qui se passe en toi ? Si au lieu d’aboyer, tu prenais la force que représente ta peur, si tu la prenais comme une alliée, que tu t’appuies sur elle, crois-tu que tu serais plus forte ? Crois-tu qu’avec une force alliée tu pourrais faire face tranquillement, simplement, et dire les choses calmement ? Ne crois-tu pas qu’il te deviendrait alors plus facile de te laisser porter par le courant, au lieu d’essayer de le remonter ou de lui résister? Remonter le courant tout comme lui résister, est épuisant, cela laisse un sentiment d’impuissance… et rend agressif… observe comment tu fonctionnes … La peur fige, paralyse alors que le courage permet d’avancer… porte… pousse… tire en avant… te mène à la rencontre des autres, de toi…te facilite la vie, te la rend plus douce et plus simple ! Essaye !
J’avoue que sur le moment je ne comprenais pas toute la portée de ses mots, que je ne cernais pas la profondeur de ses propos ! Il m’aura fallu essuyer quelques épreuves encore avant d’en comprendre le sens et d’avoir le courage de prendre la peur comme une force alliée, de nettoyer, de dépoussiérer tant de scories émotionnelles enfouies… de partir à la rencontre des autres… de moi-même.
Voilà pourquoi les paroles bienveillantes de mon père résonnent dans mon coeur ! Et le printemps… dans le coeur, c’est tous les jours !

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Leçon de sagesse

Je ne peux pas dire que nos parents étaient pauvres, non, parce que nous avons toujours eu suffisamment à manger et nous n’avons manqué de rien de vital; je ne peux pas non plus dire qu’ils étaient riches, non, le salaire de mon père n’était pas suffisant pour accumuler fortune ! Et pourtant, ils nous ont transmis des valeurs essentielles. Par exemple, eux qui ont calculé tous leurs petits sous pour « nouer les deux bouts », ont tout de même réussi à vivre sans dettes. Nous n’avions pas de voiture lorsque j’étais enfant, ni de télévision… maman avait une machine à laver le linge ce qui lui était bien plus utile qu’une voiture ou une télé… Mais quand papa a eu assez d’argent il a acheté une voiture et quelques temps plus tard une télé et pas n’importe laquelle ! Une télé couleur ! C’étaient les premiers modèles sur le marché et il voulait, d’une part, offrir à sa famille le meilleur et, d’autre part, il fallait que ça dure longtemps…. Pourtant il nous a appris qu’il ne fallait pas s’attacher au matériel ! Leçon de sagesse ! Eux qui ne gaspillaient rien, faisaient la différence entre avoir quelque chose… en profiter… et s’identifier à ce quelque chose ! Papa nous disait que tout cela pouvait être utile ou plaisant certes, mais qu’en aucun cas ça ne changerait quelque chose au plus profond de nous. Il nous a appris à respecter le matériel, mais pas à le déifier ! Leçon de sagesse!
Nous en avons reçues tant et tant, comme ça, des leçons de sagesse, tout naturellement… sans grande théorie, en toute simplicité… à travers les petites choses du quotidien. Il nous disait l’importance que cela représentait à ses yeux que de pouvoir honorer ses factures, ne pas avoir de dettes. Il nous partageait son bonheur d’avoir enfin de quoi faire une surprise à ceux qu’il aimait tant ! Il était heureux et n’avait jamais l’impression de manquer de quoi que ça soit, quand bien même il aurait peut-être souhaité le posséder… ou surtout pouvoir simplifier la vie de sa douce et bien-aimée, notre maman ! Il ne regardait pas à la dépense lorsqu’il s’agissait d’acquérir ce qu’il pensait être un « plus » pour elle. Nos parents n’achetaient pas pour acheter… comme nous le faisons tous de temps en temps… et pourtant ils n’étaient pas pingres ! J’ai rarement rencontré des gens aussi généreux qu’eux ! Prêts à partager l’essentiel qu’ils possédaient et non pas seulement le superflu comme c’est souvent le cas ! Ils avaient, l’un comme l’autre, « le coeur sur la main » et « le sourire au coeur ! »

Aujourd’hui je mesure toute l’ampleur de ce qui nous fut transmis, de toutes ces « leçons de sagesse. » Je ne peux les nommer autrement, tant elles sonnent juste au fond de mon coeur.
Partager à travers ce blog les richesses reçues, c’est un peu continuer à distribuer ce qu’ils ont semé… Nous ne voyons le résultat qu’au moment de la récolte !!!

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Le temps passe

Le temps passe ! Cela fait déjà dix ans que tu nous as quittés maman et cette année, plus que toutes les autres, ta présence nous manque à toutes ! Le temps passe vite, la vie continue certes, belle et riche et nous rappelle chaque jour combien grande a été notre chance d’être choyées par toi. Combien grande a été notre chance de recevoir tant de douceur, de tendresse, de présence rassurante et de vérité de toi, comme de papa ! cette année, le jour de ton anniversaire, tu nous as manqué plus que de raison… nous aurions eu besoin de te parler, d’entendre le son de ta voix et de voir la douceur de ton sourire illuminer tes yeux si bleus et si purs… Nous avons toutes eu ce sentiment… et toutes aussi nous avons reçu, dans la profondeur de nos coeurs, la douceur de ton souvenir et la chaleur de ton sourire.
Le temps passe et pourtant chaque jour, des signes nous rappellent tout ce que nous avons eu la chance d’engranger de ton amour. Chaque jour nous en récoltons des fruits, quel que soit le nombre d’années écoulées… Ces moissons quotidiennes sont autant d’instants inscrits, gravés en lettre d’or dans le Grand Livre de la Vie, tout au fond de nos coeurs. Alors maman, bien que le temps passe, nous te disons un tout grand MERCI !
Puisse ton souvenir aimant nous accompagner au fil du temps qui passe…

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Les graines de la paix

Comment ne pas faire référence à nos parents alors que j’ai écrit un article sur la paix dans un autre blog? Effectivement, une des bases de notre éducation a été le partage de la paix. Il était primordial pour notre maman que nous vivions entre nous dans une atmosphère de paix. Que nous n’entretenions pas les rancunes, les blessures, les chicaneries, les critiques ou les vexations actives dans nos coeurs. « La vengeance, disait notre maman, n’est pas souhaitable, et ne fait de tord qu’à celui qui la sert » ! Toute sa vie, elle nous a dit et redit l’importance de maintenir la paix dans nos coeurs et dans le milieu dans lequel nous vivions. Elle nous a démontré si souvent combien il était important de semer encore et encore les graines de la paix autour de nous, quand bien même les récoltes étaient maigres !!! Combien de fois n’a-t-elle pas fait le premier pas pour restaurer un climat de paix ? J’aurais tendance à dire qu’elle le faisait toujours, ce premier pas. Qu’elle ne baissait pas les bras et qu’elle croyait au pouvoir curateur de l’amour de la paix. Même s’il m’arrivais de ne pas comprendre pourquoi elle semait encore sur un sol qui, apparemment, était desséché, je finissais par comprendre l’importance de son geste, voyant que finalement, la terre était devenue prospère à force d’être nourrie et choyée. Ò chère maman, que belles étaient ta patience et ta persévérance, ta foi et ta confiance ! Que précieuses étaient tes actions silencieuses ! Tu as su semer en nous les graines de la paix, tu nous as montré comment en prendre soin, tu nous a expliqué leurs vertus curatives et surtout, tu nous as fait goûter au parfum et au délice de la paix ! Tu nous as appris à nous en servir judicieusement et généreusement !
Aujourd’hui, c’est avec émotion que je repense à tous ces moments et ces gestes tendres que tu nous as transmis pour répandre autour de nous la beauté de la paix et la vivre le plus simplement possible en nos coeurs. Grande est ma gratitude ! MERCI !

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Le décès de notre frère

Après bien des épreuves surmontées avec courage, notre frère faisait preuve, au fil du temps, de la même nature que notre papa. Un premier cancer le toucha en septembre 2002. Tout comme notre soeur aînée, il s’en sortit après avoir suivi des traitements de chimio… Il changea des paramètres de son hygiène de vie, prenant conscience que la vie n’est pas une fatalité mais que tout ce qui arrive est un résultat ! Il disait : je ne peux m’en prendre qu’à moi-même, c’est le résultat de mes « conneries ». Le temps passa, tout allait bien ou presque… jusqu’au jour où un signe apparemment anodin apparut… une stase veineuse au petit doigt. Il consulta et il s’avéra que c’était un caillot qui montait en direction du cerveau… c’était le début d’une nouvelle étape. Opérations, démarrage d’un nouveau cancer, inopérable… traitements et chimio furent à nouveau son combat. C’était en 2007… peut-être 2008. Lorsqu’il nous apprit cette rechute nous en furent tous bouleversés, lui restait confiant ! « Ca ira », disait-il. « J’ai eu beaucoup de chance jusqu’à maintenant, je ne sais pas s’il me reste des jockers, mais j’ai les meilleurs médecins à mes côtés, et puis j’accepte de payer la facture de mes « conneries » ! Ne vous en faites pas pour moi, ça ira ! »
Il était magnifique, il nous partagea ses expériences, ses épreuves sans que jamais nous ne nous sentions chargés de leur poids. Il était direct, franc et lucide. Il ne se leurrait pas, il savait ce qui l’attendait… Il suivit durant pratiquement deux ans des traitements de chimio éprouvants, et pourtant il restait serein. Puis la situation se dégrada encore… Nous voyions tous venir l’échéance inévitable, et lui restait calme. Plus il vivait les épreuves, plus il ressemblait à notre papa. Plus il acquerrait de cette Sagesse, comme s’il pouvait maintenant mettre en pratique ce qu’il avait perçu et reçu de nos parents !
Après la mort de maman il s’était beaucoup rapproché de papa. Il l’appelait pratiquement chaque semaine, comme s’il avait besoin de ce contact et s’en nourrissait ! A fin 2011 le cancer flamba… le compte à rebours commençait… Il traversa chaque étape avec calme et lucidité. Nous l’avons beaucoup vu durant les derniers mois de sa vie, comme si nous avions tous besoin de ce temps pour prendre congé mutuellement… Il s’éteignit en juin 2012.
Grande fut notre peine à tous… Papa enterrait son deuxième enfant ! Il traversa cette douloureuse épreuve avec courage et sérénité. Une fois encore il nous surprit par sa capacité à accueillir les épreuves de la vie simplement comme elles arrivaient…
Le décès de notre frère renforça encore les liens entre nous, ses soeurs et nous nous sentons plus unies encore et plus proches.
Quelle belle famille !

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Va ton chemin !

Lorsque papa mourut, je fus réveillée par un bruit léger de pas allant et venant à côté de moi. Je ne compris pas tout de suite… je me levai, éprouvai le besoin de prier et de méditer… il était 4h30 du matin. C’est une heure où j’aime me lever pour prier, tout est calme, sans bruit, paisible. Ce matin-là toutefois, je fus interpelée, appelée à me lever ! Ces pas que j’avais entendus… résonnaient dans mon coeur, qui pourtant était paisible… Je priai jusqu’à 7h puis me préparai pour partir voir papa. A 8h30 je vis un message sur mon téléphone. Ma soeur m’annonçait la mort de papa. Je sus alors qu’il était mort à 4h30 et que les pas que j’avais entendus étaient un clin d’oeil, comme pour me dire : »Je m’en vais, l’heure est venue pour moi ».
En nous quittant, c’est comme si papa m’avait ouvert une porte imposante, donnant sur une immensité de Lumière et me disant : « Va ton chemin, marche et ne regarde pas derrière toi »
J’étais bouleversée, où donc devais-je marcher? c’est peu de jours après son enterrement que j’eus la certitude que je devais écrire ! Ecrire… oui… mais où… quoi??? Puis tout alla très vite… les blogs se dessinèrent et prirent forme en moi et les mots venaient à mon esprit, sans que ne n’aie à les chercher… Ils étaient là… attendant d’être mis en mouvement. Une nouvelle vie s’ouvrait à moi. Un nouveau chemin se dessinait et prenait forme sous mes yeux.
Je me devais de rendre hommage à nos parents, de partager la richesse de tout ce qui m’avait été confié, donné en héritage spirituel. Moi qui avait parcouru le monde à la recherche d’un Maître… Il était là, tout près de moi ! Des maîtres j’en ai rencontrés, oui, mais c’est quand même papa qui, finalement m’ouvrit « la grande porte » !
Grande est la Générosité et la Miséricorde de Dieu ! Al Hamdoulillah !

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Dernière visite

Suite à une chute, papa avait dû se faire réopérer de la hanche. Cela devait être le vendredi Saint sauf erreur. Nous nous demandions toutes comment il allait réagir suite à cette opération et comment se déroulerait la rééducation… Nous nous interrogions… alors que lui prenait, comme il en avait l’habitude, les événements comme ils arrivaient ! Il avait une longue expérience de la vie, oui ! à 92 ans il avait eu le temps d’expérimenter et nous avait, plus d’une fois, démontré sa grande sagesse ! Comment pouvions-nous nous soucier de ses capacités à faire face à sa réalité ? Papa était un grand homme !
Ainsi donc, le jour de Pâques, lorsque nous lui avons rendu visite, la dernière semaine de sa vie était commencée, nous ne le savions pas encore, bien que nous le pressentions ! Il ne pouvait pratiquement plus parler, il était encore sous l’effet des médicaments post-opératoire, il dormait lorsque nous sommes arrivés… A son réveil, il était calme, souriant en nous voyant. Il nous accueillit comme à son habitude, cherchant au fond de nos regards un endroit pour nous rejoindre et nous faire savoir… ce qu’il ne pouvait plus nous dire avec les mots. Il nous montrait, loin devant lui… Il essayait de tendre ses bras… et ne pouvait pas articuler plus que « j’arrive pas ». Il se reposait alors, calme, son regard franc et doux posé sur nous. Il me tenait la main et la serrait comme pour me dire: « ça ira« . Ce jour là, il m’a embrassé une bonne dizaine de fois ! Jamais encore il ne m’avait tenu la main de cette façon, jamais encore il ne m’avait donné autant de becs.
Il fermait les yeux quelques minutes et cherchait à nouveau à me faire comprendre que « c’est à-bas que je dois aller « . Nous avons partagé un temps béni ! Joël s’était retiré quelques minutes, nous laissant seuls tous les deux. Papa le chercha du regard et me fit comprendre qu’il aimerait le voir. Quand il revint, il lui prit la main, comme il avait prit la mienne, et le regarda intensément. Ils partagèrent quelques chocolats, et quelque chose d’indicible… Nous restâmes encore un temps, puis le quittâmes, le coeur tranquille. Nous avions décidé de revenir vendredi… Ce fut notre dernière visite !
Durant cette semaine, sans que nous nous soyons concertées, chacune de nous alla lui rendre visite un jour. Il prit congé de chacune… Lorsque la cinquième le quitta, le jeudi soir, papa se retira gentiment… et lorsque Aurélie vint lui dire « bonne nuit » elle sut qu’il ne serait plus là le lendemain et qu’elle ne le reverrait plus… ni nous d’ailleurs. Elle sortit de la chambre, triste… disant aux infirmière : »il s’en va… » Ce fut pour elle aussi la dernière visite !
Il nous quitta le vendredi matin à 4 h 30, sans bruit, comme il avait vécut, soucieux de ne pas déranger…
Papa était un très grand homme et en nous quittant il nous fit don, à chacune, d’une richesse inestimable : LA GRANDEUR DE SON AMOUR !
Que soient bénis le jour où il naquit, le jour où il rencontra notre maman, le jour de la naissance de chacun de leurs enfants, le jour de la mort de maman et le jour de sa mort !

« Certes, nous sommes à Dieu et c’est à Dieu que nous retournerons » (Coran: II,156)

« Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras en poussière » (Genèse: 3,19)

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